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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 24 mars 2022 à 01h34
Billy The Cat
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Cette célébrissime série BD belge, créée par Stéphane Colman et Stephen Desberg en 1981, également adaptée en animé, présente quelques parallèles intéressants avec Seuls, que je vous laisse le soin de découvrir :)

 

 

Dans la peau d'un chat

Billy Colas est un enfant particulièrement odieux, qui accumule bêtises, 400 coups et maltraitances animales. Un jour, il est accidentellement renversé par une voiture et meurt sur le coup. Arrivé dans un mystérieux Au-Delà, Billy se voit alors offrir une seconde chance par un crocodile et une coccinelle : il est ramené à la vie, dans le corps d'un chaton, tout en conservant sa mémoire d'antan. Il comprendra, de cette manière, tout ce qu'ont pu souffrir les autres de ses mains, et la séparation sera un déchirement, pour lui comme pour ses proches.

Le pelage jaune rayé de noir, Billy doit désormais survivre dans un monde qui lui est devenu inconnu. Une nouvelle vie qui le conduit à changer, qui le rend plus altruiste, plus aimable. Heureusement, les amis ne manquent pas, tous issus du règne animal, à commencer par son mentor, Monsieur Hubert, vieux chat de gouttière aux manières de dandy, qui lui offre volontiers refuge dans une Cadillac à la décharge. Il y a aussi Jumbo le pigeon, Mam'zelle Chacha la reine du cinéma, Pirmin l'ours de cirque assoiffé de liberté... Les ennemis sont aussi au rendez-vous, sa plus grande némésis étant Sanctifer, gros chat borgne et cruel assisté d'une armée de rats supra-intelligents. Sans parler de son rival Saucisse, le basset tyrannique de son ancienne famille, jaloux de Billy aussi bien quand il était humain que quand il devint chat, et qui deviendra un allié au fil des tomes. Très peu le croient lorsqu'il dit avoir été un humain avant.

Pour redevenir humain, Billy devra mieux agir…et survivre ! Oui, mais à quand la fin de tout ça ?

 

 

La Seconde Chance

Billy oscille régulièrement entre son désir de retrouver sa vie d'humain et les avantages que peuvent offrir une vie de chat, comme la liberté d'aller où il veut et de faire quasiment ce qu'il veut. Il reste assez sensible émotionnellement, comme lorsqu'on se moque de lui dans un moment de détresse, ou que sa situation lui semble trop pesante, et qu'il réalise à quel point elle est inextricable…

Il devient très protecteur envers tous ceux qui lui sont chers, n'hésitant pas à défier ouvertement le big boss de la rue, Sanctifer, lorsque ce dernier menace de s'en prendre à Hubert ou à sa sœur Marie. Billy change aussi, en toute logique, totalement de point de vue sur les animaux, refusant qu’on les exploite pour le plaisir.

Il reste très proche du grandiloquent M’sieur Hubert, figure paternelle qui se soucie énormément de lui, au point de mettre sa vie en jeu s'il le faut. Sûr de son savoir sur la vie de chat, Hubert est un être en quête d’importance, au passé douloureux lui aussi, abandonné par son père qui lui préféra une riche maîtresse. Finalement, les deux se réconcilieront, et Billy cherchera à faire de même avec son père, souvent absent du domicile familial - et la raison profonde du mal-être de Billy, qui se réfugia dans la violence. Billy le chat reste globalement très humain dans l'âme, et devient un chat à part. 

 

 

Amour et haine

Marie Colas, la sœur souffre-douleur de Billy, démontre à quel point la mort de son frère l’a meurtrie profondément, malgré tout, et elle ne supportait pas que Billy la laisse seule de son vivant, s’attachant curieusement à lui. Billy, qui finit par la revoir, comprend ce qu’il a manqué dans sa vie et tout le mal qu'il a pu faire, et se décide à lui révéler son identité, ce qui lui redonnera toute sa joie de vivre. Il sera ensuite de temps à autre « hébergé chez lui » en tant que « chaton trouvé » et protégé par Marie, car ses parents ne croient pas un mot de toute cette histoire, forcément...

Sanctifer le Borgne, grand antagoniste de la série, est un sombre matou psychopathe, qui refusa autrefois que l'on touche au cadavre de son maître, tout aussi inquiétant. Il finit par s'isoler, chassant les autres félins et animaux, même ses frères et soeurs, comme tout le reste de la famille : on ne pouvait plus s'approcher du corps. Finalement, d’autres vinrent enlever le corps de force, et Sanctifer les agressa, mais, par accident, perdit un œil sur la langue fourchue d'une statue de cobra. Il recrute ensuite une armée de rats, dirigée par le sordide Seigneur Novak, pour se venger du monde et des autres bestioles. Sanctifer est dégoûté par la génération actuelle des félins, et pense que les chats devraient être placés en position dominante, comme à l'époque de l’Égypte ancienne, où ils jouissaient d'un statut quasi-divin.

Il voit ainsi en Billy un potentiel héritier, et pense que ce dernier, qui se distingue largement des autres chats, est la clé qui lui permettrait de faire de ses désirs une réalité. Il fera donc tout pour le rallier à sa cause, jouant de séduction comme de manipulation, jusqu’à se servir de ses proches, ce qui montera au contraire le garçon-chat contre lui.

 

Finalement, Sanctifer doit collaborer avec Billy pour survivre et enquêter sur des meurtres de chats en série, perpétrés par le sinistre Icare. Ce dernier, oisillon orgueilleux ayant causé sa mort et celle de toute sa famille, autrefois dévorés par Sanctifer, fut ressuscité en humain par le crocodile et la coccinelle. Mais contrairement à Billy, Icare n’apprit rien du passé et voulut se venger en faisant assassiner des chats par ses deux corbeaux, cherchant à attirer Sanctifer à lui pour lui donner le coup de grâce. Icare tente même de tuer Billy malgré leur expérience commune, mais Sanctifier intervient en sauvant son pire ennemi, puis une fois les corbeaux neutralisés, il intervient une seconde de fois contre Icare, et ils chutent tous les deux dans le vide. On ne le reverra que dans un rêve de Billy, bien plus tard...

 

 

Partis trop vite...

Humains comme animaux se caractérisent par une cassure personnelle et émotionnelle, confirmant la volonté des auteurs de livrer un véritable récit initiatique. Car il faut dire que l'univers de BTC permet d'aborder des sujets rarement présents dans les récits jeunesse de l'époque, sans compter le graphisme particulièrement soigné et les décors. Au fil du temps, les personnages évoluent et mûrissent, quoique le thème du deuil demeure globalement. Le dramatique ressort fortement dans cette série, édulcoré d’un peu d’humour et de psychologie ambitieuse.

Malheureusement, Stéphane Colman doit quitter la série après le sixième tome, en raison d'une lassitude générée par des divergences de point de vue avec Stephen Desberg. Espérons que cela n’arrivera pas pour Seuls ^^

 

Le style des tomes commence à changer : les histoires deviennent courtes, légères. Bientôt, Stephen Desberg quitte à son tour ses fonctions de scénariste au cours de l'écriture du tome 9 (qui marque pourtant un retour aux longues aventures). Malgré tout, l’œuvre s’ancre pleinement dans le style et la demande BD des années 2000, et son succès ne s'estompe pas.

Puis c'est le choc : à force de changements de toute espèce, la série est interrompue en 2008, et n’a pas été reprise depuis, sans qu’on sache ce qu’il est advenu du futur de Billy...

 

La grande surprise dans cette oeuvre, qui me fait beaucoup penser à Détective Conan, c'est ce génie scénaristique un peu polar, où les gentils se révèlent souvent être de sérieux méchants, et inversement. Une BD qui présente beaucoup de violence tout de même, ce qu'on a souvent reproché à Seuls. Les auteurs, là aussi, répondent qu'il ne faut pas cacher la brutalité, et qu'elle peut même aider à grandir intellectuellement si elle est bien comprise et traitée. 

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