Lors de ma lecture tome 16, je me suis dit qu’Isaure avait trahi les Révoltés, en même temps que son comparse Siegfried. Cette analyse des événements n’a manifestement pas été partagée par le reste du lectorat, et je ne cherche pas à convaincre à tout prix, mais je me suis dit que ça valait le coup de la formaliser et de la partager
Je vous ai mis les principales images, mais avoir les pages que je vais citer devant vous vous aidera à suivre. ;)
Page 4 : Isaure est poursuivie par un Protecteur. On se dit naturellement « ok ! Isaure est une cible de Saul, elle est donc bien du côté des gentils » … Mais déjà, il manque quelque chose, sur lequel les personnages insistent : il n’y a pas d’appui armé aux alentours. Pourtant, dans le tome 14, Lucius nous expliquait que les protecteurs devaient être accompagnées d’unités de combat, plus mobiles (la métaphore de la tour et du cavalier). Avec des magisters parmi eux, les Révoltés ont plus que jamais les moyens de déjouer les protecteurs, et celui ci ne leur posera d’ailleurs aucune difficulté. A quoi rime d’envoyer un protecteur seul ? On dirait que cette attaque a été mal préparée, qu’elle était vouée à être inefficace … En d’autres termes, ça pourrait bien n’être qu’un leurre. Soit le protecteur ne devait pas être une vraie menace pour sa cible, soit Saul économise simplement ses forces dans l’attente de la grosse attaque qu’il prépare.
Page 11 (case C3-1) : Saul évoque qu’il a ordonné à toutes « nos forces et alliés » d’attaquer. Les alliés sont évidemment les traîtres infiltrés, mais ça peut ne désigner que Siegfried et son groupe, donc ce n’est pas très probant. La justification de Siegfried (il faut sentir le sens de l'histoire) est d'ailleurs assez faible, j'espère qu'on aura d'autres explications plus développées.
Page 22 (cases B2 et B3) C’est Isaure la première qui repère une menace à l’est, et qui précipite le départ du bus. Les fameuses unités mobiles qui fonctionnent si bien quand on les associe à un protecteur ! Le bus démarre dans la hâte à cause d’Isaure : en définissant d’où vient la menace, elle induit aussi la direction qu’il est censé prendre pour être en sécurité. Or quelques pages plus loin, il va tomber dans un piège.
Page 34 : (case B1 et B2) ce piège aurait peut-être pu être évité, si, comme le dit Diane, tout le monde était resté calme et s’ils avaient pris le temps de réfléchir et d’anticiper ce que Saul a prévu ! C’est leur précipitation qui les a fait tomber dans le piège … mais alors, acte volontaire ou erreur de bonne foi d’Isaure ? (case A) on apprend qu’Isaure est censée suivre le bus, pas loin derrière, et avertir s’ils sont suivis. Sauf que pour le moment, la menace ne vient pas de derrière, mais de devant, avec un séraphin, qui les attend bien caché dans un virage. Si Isaure est innocente, elle a pu le manquer … Mais comment pouvait il être aussi certains qu’ils passeraient bien par cette route ? Il a quand même une connaissance très précise du terrain pour avoir su où se mettre pour n’être vu qu’au dernier moment.
Page 41 : le piège se referme : le protecteur arrive depuis l’arrière du bus. Sa cible est Diane, qui nous a été présentée dans le tome comme une voix d’apaisement, de calme et de réflexion (tout ce que déteste Saul). Cette fois, l’attaque est fulgurante et efficace. Au loin, Isaure, seule sur un pont, pleure. Pour quelqu’un qui était censée suivre le bus « de près » et avertir des menaces qui arrivent de l’arrière, je la trouve quand même bien éloignée, bien à l’arrêt aussi, avec le casque tranquillement posé à côté d’elle … Elle n’a rien tenté pour sauver les occupants du bus. Le protecteur (plutôt lent, plutôt grand) arrivait pourtant par l’arrière … Après, elle est peut-être réellement impuissante, mais peut-être aussi qu’elle a juste envoyée toute la troupe à la mort et qu’elle s’est arrêtée plus haut pour suivre les opérations.
On m’a fait remarquer qu’elle est affligée et semble pleurer (ou du moins, elle se cache les yeux). Je l’explique par le fait qu’à l’origine, Isaure est une vraie modérée au sein des premières familles, et qu’elle a certainement une affection réelle pour Diane, voire pour le groupe … Mais elle a aussi pu réfléchir comme Siegfried : elle a pu profiter de la sincérité de Diane pour masquer sa propre duplicité, et elle s’est peut-être dit qu’elle allait trahir ses amis et ses alliés pour gagner la guerre du Bien contre le Mal. Ca fait des années, des siècles qu’elle a cette vision binaire répandue dans les premières familles, donc même si elle désapprouve la tournure autoritariste que prend le règne de Saul, elle redoute peut-être encore plus les dernières familles. Il est cependant parfaitement possible que ce choix soit douloureux pour elle, même si elle pense que c’était nécessaire.
Alors ok, Isaure, c’est celle qui a trahi les premières familles dans le tome 14 en blessant Toussaint, ça nous donne le sentiment qu’elle a choisi le camp des Révoltés. Sauf qu’en fait, on peut aussi penser que blesser / tuer Toussaint, qui allait de toute façon revenir, ce n’était finalement pas un gros sacrifice pour tromper les rebelles, gagner leurs confiances … et pouvoir ensuite mieux les trahir en les vendant à Saul.
Après, on peut aussi avoir une version plus cynique : la vision de Toussaint était en train de s'imposer auprès de Saul. En réussissant un coup d'éclat ( noyauter les résistants en organisant une attaque de l'intérieur contre eux + en se servant des bons sentiments de Diane pour masquer leur duplicité), Isaure et Sigfried se sont dit qu'ils gagneraient peut-être en influence auprès de Saul par la suite et qu'ils pourraient ainsi infléchir sa politique de fou furieux ... "Un mal nécessaire pour un plus grand bien" comme dirait l'autre. Sauf que ce genre de plan tordu est rarement facile à mettre en place, et c'est loin d'être une franche réussite. ^^'
Ceci dit, ce n’est que mon interprétation en primo-lecture, et le tome laisse parfaitement la possibilité d’une Isaure innocente, qui est juste tombée dans le piège de Saul comme tout le monde.
On saura sûrement ce qu’il en est vraiment dans le tome suivant. ;)

