Sorti en avril 2007.
LE deuxième épisode qui convient à une telle série. Il faut bien que cette belle unité soit mise à l’épreuve, et qu’ils ne soient pas tout à fait seuls… Un adulte ? Non, en fin de compte, un autre enfant. Certes imposant, doué, dangereux, mais juste un enfant. Allez, ado. Curieux d’ailleurs, même si on ne connaît pas encore la limite d’âge des enfants limbiques…
Nouveau péril, le prototype parfait, presque cinématographique, dans une ville vide et silencieuse : le psychopathe. Masqué. Pire encore que les bêtes sauvages. Et le meilleur des psychopathes, c’est encore celui qui traque sans raison… Le « Maître des Couteaux » est de plus intelligent, acrobate, combatif, téméraire…mais que se cache-t-il derrière le masque ? Un enfant fragile, particulier, perdu, dont on ne peut rien savoir et qui ne dira rien non plus. L’énigme absolue. Encore aujourd’hui, nous ignorons une partie de son histoire (même si le tome 16 y a en partie répondu).
Et, cerise sur le gâteau, nous découvrons un autre mystère encore plus renversant : il y a DEUX enfants dans cette ville outre les cinq. En effet, le Maître s’occupe visiblement d’une petite fille, Lucie, qui paraît abandonnée… Mais cela, les cinq ne le savent pas encore.
Livrés à eux-mêmes…
Le tome continue de nous plonger dans l’anxiété, l’attente, avec cette pression de la solitude et du silence : personne, toujours personne… Que s’est-il passé ? Et voilà que nos héros se confient un peu plus : famille, passé, passions, peurs, espoirs… On découvre leur caractère, leurs hobbys, leurs qualités, leurs défauts. C’est l’épisode incontournable du développement des protagonistes, pour que l’on s’attache à eux, ou à l’un d’entre eux en particulier.
La scène de fin, surprenante, renversante, est la première d’une longue série (si on occulte la scène du cirque au tome 1, où l’on comprend mieux d’où viennent ces animaux) qui va donner ses lettres de noblesse à Seuls, et bouleverser complètement nos attentes – et nous rendre addicts, par la même occasion ! On voit aussi qu’en fin de compte (et on le comprend mieux quand on se place du point de vue d’un enfant), les mystères paranormaux (en apparence) ont toujours une explication rationnelle, généralement, pour peu qu’on ait toutes les informations.
Et là encore, quoiqu’un peu moins, la fin nous laisse le choix : s’arrêter là, à nouveau, et laisser les enfants partir où ils doivent partir, imaginer la suite pour soi-même, se contenter d’un two-shot ; ou attendre la suite avec impatience, un nouvel épisode, mais hors de Fortville cette fois. En même temps, vu ce que le tome 2 nous a offert, on ne peut plus décoller de la série à présent. C’est toujours comme ça, dès qu’on goûte au second épisode, c’est terminé. Et tout est fait généralement pour nous garder fidèles.
J’aimais bien aussi cette capacité qu’avaient les premiers albums à jouer beaucoup sur le sous-texte et l’image : c’est à nous de déduire, pas aux auteurs de tout expliquer – comme ils ont tendance à le faire aujourd’hui… On comprend ainsi que le Maître des Couteaux voulait simplement protéger Lucie, traumatisé aussi, certainement, par un passé qui remonte…mais le super-héros qu’il est le changera en super-méchant : dans son désir de protéger, incapable de parler, mentalement atteint, il voulut attaquer, menacer, tuer, plutôt que de parlementer. Lorsqu’il comprit, très intuitif qu’il est, que lui et Lucie n’avaient rien à craindre d’eux et qu’il s’agissait certainement d’un malentendu, il les quitta « en bons termes », content aussi, sans doute, qu’ils s’en aillent ? N’empêche qu’il fallut quand même qu’il soit neutralisé et mis en joue pour qu’il comprenne… Koupchou, comme on le verra au fil des tomes, c’est vraiment le super-héros de Fortville !
Cinq en un…
Tome qui voit aussi apparaître un objet important de la série (jusqu’au tome 14) : le revolver. Appartenant initialement au père d’Yvan (jetant peu à peu le doute sur ce monsieur), il passe ensuite entre les mains de Dodji pour protéger ses amis du danger…et d’eux-mêmes. Mais Dodji finit, paradoxalement, par s’attacher à cette arme, ce sabre moderne qui fait de lui une sorte de rônin (samouraï solitaire), et qui en fait le chef, telle la conque dans « Sa Majesté des Mouches » pour Ralph. Cela, alors même qu’il déteste la violence et le crime, qui ont marqué sa vie très jeune (on a ainsi l’occasion de découvrir un Dodji plus fragile, plus sensible, plus torturé, et en même temps plus inquiétant dans ce tome…ce qui étonne beaucoup ses amis).
Mais voilà, pour l’heure, c’est leur seule sécurité, car un monde inhabité devient rapidement une jungle, un monde sauvage, dangereux, et il devient nécessaire de se protéger. Dodji deviendra ainsi une sorte de sheriff malgré lui, remettant de l’ordre dans le village quand ça va trop loin. Oui, il ne veut pas être chef et personne ne veut d’un chef, mais finalement, les enfants, lorsqu’ils ont peur et se retrouvent seuls, vont naturellement vers le plus mature et le plus digne de confiance, apte à les protéger, en l’absence de leurs parents. D’où, nous le verrons plus tard, la rivalité future entre Saul et Dodji, aux méthodes radicalement différentes, l’un voulant cheffer (sans en avoir le talent) et l’autre ne voulant pas (en ayant pourtant ce talent).
Dodji, malgré lui, et sans savoir le moins du monde pour son pouvoir, a une telle autorité qu’il peut transformer toutes les situations…mais attention, il peut aussi bien rassurer qu’il peut faire très peur et très mal, comme les ours ! On s’attache d’ailleurs d’autant plus à lui après toutes ses cabrioles et les risques encourus… Il se détache clairement comme le personnage principal malgré tout. Le pilier sans lequel les quatre autres ne seraient rien.
Enfin, nous entendons parler pour la première fois des Quinze Familles, et là encore, on en revient au père d’Yvan… Quinze Familles qui voulaient le tuer lui et sa famille… Un danger invisible, typique du genre, évoquant par exemple les Langoliers de Stephen King. Pour l’heure, ce danger paraît lointain et secondaire, surtout face à ce serial couteleur qui les guette, mais qui sait… Peut-être sont-elles responsables de la disparition ?
Notons d’ailleurs que les auteurs semblent associer les Quinze Familles, Yvan et le père d’Yvan aux zombies de la Neuvième Famille, voire aux Dernières Familles tout court. Le fait qu’Yvan était à demi-réveillé (comme au moment où Terry lui parle) lors de la disparition ce soir-là pointe encore plus vers les Songe-Creux – d’ailleurs, lorsqu’Yvan se réveille totalement, il semble avoir oublié sa conversation avec Terry, comme sortant d’un rêve.
Le temps des cerises…
Finalement, cet album nous replonge aussi dans le golden age de Seuls, les temps idylliques, ces jeux et ces bêtises de l’enfance en plein été, avec cette sensation de vide si chère aux auteurs, comme lorsque l’on se séparait de ses amis pour rentrer chez soi le soir, au soleil couchant, avec cette étrange impression qu’on ne sait pas ce qui nous attend au coin de la rue…
Album aussi qui nous a bien fait rire, comme le premier, avec toutes ces vannes et ces conneries d’enfants sans adultes, qui vont parfois très loin, mais heureusement, Dodji, de par son charisme invisible, arrive toujours à apaiser les choses et à leur donner un cadre. De tome en tome, ils mûrissent et nous étonnent de plus en plus.
Avec le recul des tomes suivants, le pouvoir de Terry prend tout son sens : son imagination donne vie à de nombreux éléments limbiques… Les jouets, la ville, le château, le bateau, le tourbillon, l’action man et son pistolet contre le T-Rex, sauvé par la Vierge Marie – qui nous rappellent ses Cauquemares…et peut-être ses Archanges ?
La scène du cinéma intrigue aussi… Un film visiblement gore, avec des yeux dévorés et autres joyeusetés… Des protagonistes qui ne sont pas vraiment ce qu’ils sont… Une affaire criminelle… Que faut-il en penser ?
Je m’interroge également sur les balles auxquelles Koupchou échappe facilement ou semble invulnérable (cf. tome 16 ?). Il y a vraiment quelque chose de plus chez lui, un pouvoir incompris et encore latent… En plus de ses capacités physiques étonnantes.
Voilà pour ce deuxième tome.
N’hésitez pas à donner vos impressions en commentaires ! :)

