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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 7 janvier 2026 à 22h41
Retour sur le tome 5 de Seuls
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« Au Cœur du Maelström ». Sorti en juin 2010.

 

Superbe fin de cycle. De loin LE chef-d’œuvre de la saga. Sa plus brillante réussite (l’album a d’ailleurs reçu un prix je crois). Un véritable film adapté en BD. Scénario de génie. Sans exagérer, à chaque fois que je le lis, j’ai toujours cette boule d’angoisse au ventre : mais il va se passer quoi là… Y a quoi au bout du chemin, au centre de la zone ? C’est quoi tous ces trucs ? Une guerre ? Une base dangereuse ? Des aliens ? Un monstre noir ? Une présence maléfique ? En tout cas les phénomènes zarbi sont légion…

Quand on est enfant, on a tendance à imaginer tout un tas de choses face à l’inconnu…mais en l’occurrence, ils ont partiellement vu juste : au bout du chemin, il y a bien quelque chose…d’inconcevable. De terrifiant. Et c’est ça qui fait la richesse de ce tome : on n’est pas là sur « ah en fait ils ont trop d’imagination, c’est juste l’ambiance qui est inquiétante, le ciel gris, et l’inondation c’est juste un barrage qui a pété, l’odeur c’est un incendie, etc. et au bout y a rien que des rues et des maisons, c’est tout… » Non, car sinon, ce ne serait plus Seuls. D’ailleurs, même ce qui paraît normal et explicable ne l’est pas totalement, en fin de compte.

 

Clap de fin

La fin, bien entendu, nous fait tomber du fauteuil. Certains l’avaient déduite apparemment dès le premier tome. Une avalanche de révélations, l'une sur l'autre. Un peu du style « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ».

 

La vérité : la zone contient un immense monolithe à insectes, et Alex et Sélène en ont peur et pensent que les enfants de Fortville en sont responsables.

Toute la vérité : Dodji et Saul sont vivants, ils sont revenus d’entre les morts ! On ne peut plus mourir ! Et vous savez pourquoi ?

Rien que la vérité : ON EST DEJA MORTS ! Tous ! Dans un autre monde ! Les Limbes (ils le sauront plus tard).

Et, ce sera l’objet du cycle 2 : il va falloir apprendre à vivre avec et découvrir où nous sommes, et ce que nous devons faire.

 

Je ne crois pas avoir revu un tel tome dans toute la série, à l’exception peut-être du 9 (et encore) voire du 7. Le décor est planté, la série est un véritable blockbuster. Dupuis est aux anges, les lecteurs se comptent par centaines, et la série devient la coqueluche de tous les lecteurs, des revues, des journaux spécialisés. C’est le retour de Lost, en version BD !

Mais voilà… Pour quelques-uns, la fin du cycle 5 est un déçu, voire un raté. En effet, c’est aussi la fin de l’inconnu, de la découverte, de la robinsonnade dans le sens où désormais, la sci-fi et les questionnements ésotériques prennent le pas sur l’aventure – en tout cas en partie. Il n’y a plus rien à « chercher », à part chercher éventuellement à en sortir et à atteindre une sorte de paradis (le tome 6 n’a pas tellement abordé le sujet, curieusement…). C’est vrai que la tension redescend d’un coup au terme d’un tel tome, et on n’a pas vraiment envie de lire le suivant, en fin de compte… Ce qui sauve le tome 6, tristement mal jugé (car comment faire mieux, sincèrement ?), c’est sa fin étonnante qui nous fait renouer avec les sinistres découvertes des tomes 4-5. Le 7 régalera à nouveau nos papilles.

 

L’angoisse de l’inconnu

Tant et tant d’intrigues ouvertes et partiellement refermées dans ce tome. Avec le recul, une bonne partie sont ou peuvent être résolues. J’aime aussi le côté enquête policière du tome, qu’on retrouve très souvent dans les albums, et qui captive totalement notre attention. Quand tous les suspects sont épuisés et qu’on ne comprend pas un crime, que reste-t-il ? Le surnaturel, l’inexpliqué, et là, les sueurs froides apparaissent…

L’Enfant-Mystère fait sa première (et dernière ?) apparition dans ce tome. Les auteurs n’y ont sans doute pas renoncé… Que doit-on apprendre sur ce personnage, et qui est-il ? On sait maintenant qu’il n’a rien à voir avec l’Enfant-Miroir. Ne serait-ce pas une sorte d’ange-gardien qui voudrait veiller sur eux, dans la zone ? Ou un espion, un surveillant ? Ou un enfant d’autrefois, qui est en train de disparaître complètement ? Ou qui n’a pas envie d’apparaître complètement ? Mais il tient à les accompagner…

 

La rencontre avec les cochons et le cheval est très spéciale. Glaçante. Les cochons peuvent représenter les Songe-Creux, et le cheval qui les dirige, l’Enfant-Minuit. Des animaux qui veulent se venger, des enfants qui demandent justice… Un monde différent de la Terre, où tout est renversé. Où les comptes se règlent. Mais enfants comme animaux ne sont pas au meilleur de leur forme, et terrifient les regards. Ça, plus les phénomènes qui s’accumulent, il y a effectivement une sensation de fin du monde, apocalyptique, cauchemardesque, que Fortville est sur le point d’y passer elle aussi, ayant l’odeur et la vision de la mort, et que la disparition n’était qu’un début…

Intéressant de voir, par la suite, que les Terres sont vivantes et réagissent à leur manière, maîtrisant tous les éléments et rendant les humains totalement impuissants, et à la merci de leur volonté… Fabien Vehlmann nous révélerait plus tard la fibre éminemment écologiste et éco-anxieuse de Seuls, mais nous pouvions déjà le deviner au fil des albums (on pense aussi à l’été indien du tome 6, alors que c’est novembre et pratiquement décembre…).

 

La scène dans la salle à manger de chez Terry laisse songeur : ce départ « en coup de vent », est-ce lié à la disparition…ou parce que Terry est tombé et ils (maman et son rendez-vous galant) ont accouru ? Mais maintenant qu’on sait qu’il n’y a pas eu de « disparition » à proprement parler, comment l’expliquer ? Peut-être que je vois trop loin…

 

L’effrayant duo

Alexandre et Sélène sont superbes en méchants « malgré eux ». Ce rôle leur correspond à merveille, en phase avec leur psychologie et leur attitude. Sélène surtout passe au premier plan et marque les consciences – encore aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de fans qui attendent son retour… Peut-être dans le tome 17 ? En tout cas, il a été confirmé par les auteurs… Alexandre et ses doutes nous apaisent, finalement : la vie est essentiellement en clair-obscur. Les deux sont très différents, malgré leur ressemblance, et c’est pour ça que ce duo est formidable. C’est un véritable mélodrame digne des plus grands qui se joue avec eux notamment, et d’autres comme Boris, courageux mais sacrifié.

 

Reste à savoir pourquoi il y a deux jumeaux dans les Limbes et quel était leur fameux serment. Avec le temps, on comprend à peu près ce qu’ils voulaient faire et l’erreur qu’ils ont commise (ainsi que la crainte qui les animait), mais il nous manque encore quelques éléments pour compléter le puzzle. J’aime aussi le fait qu’Alex et Sélène ne comprennent pas tout eux aussi, et que, faute de mieux face à toutes ces guerres limbiques et ces cauchemars, ils appliquent des méthodes particulières et brutales (un peu comme Toussaint). Mais ils aimeraient tant faire autrement… Ils en sont eux-mêmes blessés. Et ça ne marche pas toujours. Voilà pourquoi Dodji doit trouver la solution et obtenir la paix, ainsi que le paradis. Sinon tout ça va recommencer…

Même le Nadir en a assez de ce sang qui coule, d’une certaine manière, sur la Terre comme dans les Limbes, et agit en conséquence. Mais l’affrontement doit cesser. En attendant, ce duo incroyable se brise et, seul, Alexandre va perdre en importance et en charisme, malheureusement, au fil des tomes. Mais qui dit que les choses ne pourraient pas évoluer, dans les prochains albums ?

 

Mention spéciale aussi aux confidences d’Yvan lors de la traversée en canoë, je n’avais pas perçu à quel point sa souffrance devait être grande (il y a déjà un aperçu au tome 4), quotidienne, dévorante… Qu’est-ce que ça pourrait donner, par la suite ? Il parle de Prométhée et de punition… Mais puni pour quoi ? A cause des agissements de son père ?

Intéressant de voir qu’ils sont tous capables de se débrouiller, même sans Dodji : pourquoi un grand chef, quand il peut y avoir plusieurs leaders et têtes de pont : Leïla, Boris, Yvan, et même Zoé. Cela fonctionne très bien, même si, bien entendu, comment se passer d’un personnage comme Dodji…et comme Saul ! Car maintenant qu’il est de retour, qu’est-ce qui attend nos héros ? Il a quand même retenu la leçon, il s’est assagi, il ne va pas recommencer…non ? Ne peut-on pas tous vivre ensemble, en paix, et essayer de réfléchir, tout en combattant le danger ? Nous verrons cela au Cycle 2…

 

Le Nadir

Et voilà qu’apparaît le Monolithe, enfin. Le cœur de la série, son symbole éminent, même si on ne l’a pas vu depuis plusieurs tomes maintenant… ^^ Que cache vraiment le Nadir ? En tout cas, l’idée est géniale et en phase avec le thème de la jungle urbaine. D’autant plus si ce n’est pas vraiment un « bâtiment », à proprement parler… Il inquiète. On dirait une porte géante. Un trou noir. Surplombant la ville. C’est donc de là que venait le danger ? On ignore encore beaucoup de choses à ce sujet, mais les auteurs ne l’oublient pas, c’est certain… Un Nadir aussi terrifiant et cruel que Saul ? Fort probable ! Alexandre en tremble de tous ses os, en quittant la ville…

Finalement, au terme de ce cycle de cinq tomes, nos petits héros ne sont plus les mêmes : Leïla s’affirme, Yvan gagne en courage, Terry épate, Camille participe, et Dodji s’apaise et mûrit après ce « retour ». Mais Saul aussi, leur némésis, is back. Avec tout son clan. Et maintenant, nos héros doivent aussi traiter leur propre mort, violente, tragique, et tout ce qui va avec… Et là, on repart pour un tour : questionnements, enquête, et le thème de la mémoire qui devient de plus en plus prenant.

 

Terminons avec la phrase de Saul : « Je sentais bien qu’il y avait quelque chose, tapi dans l’ombre, qui n’attendait que d’intervenir et de frapper… » Fait-il référence au Monolithe ou…au Cauquemare ? Ou à quelqu’un d’autre… Mystère…

En route pour le Cycle 2, à présent ! En fallait-il vraiment un ? Sommes-nous prêts à continuer cette série et à étudier ce monde des Limbes d’un peu plus près ? Qu’est-ce qui attend encore nos héros ? Le Cycle 2 est-il pertinent ? Réponse la fois prochaine…

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