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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 6 janvier 2026 à 13h55
Retour sur le tome 4 de Seuls
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"Les Cairns Rouges". Sorti en juin 2009.

 

Retour à Fortville, et les héros sont (très) loin d’imaginer ce qui les attend…

Ce tome est fabuleux pour…sa fin, entre autres. L’une de mes préférées avec celle du tome 9, 5 et 7. On a droit à un véritable retournement de situation qui, selon moi, a été le déclencheur de la Seuls-Mania. On n’avait qu’une hâte, c’était de lire le tome 5 ! J’aime cette capacité des auteurs à nous surprendre et à nous renverser le cerveau, à bouleverser nos attendus – même si on le ressent moins dans les tomes récents. Ça me rappelle les deux ou trois derniers épisodes de la première saison de Lost, qui nous tenaient en haleine de bout en bout. Et on sait que les auteurs s’en sont beaucoup inspirés…

 

L’ambiance est de plus en plus tendue, la menace se précise… Guerre ? Espions ? Zone dangereuse ? Traque ? Ondes mystérieuses ? Menace fantôme ? Et en plus, voilà que le père d’Yvan y est mêlé, lui et sa femme ayant été tués dans d’étranges circonstances, alors qu’ils fuyaient la ville. Le pauvre Yvan a difficilement réussi à en réchapper, et voilà toute l’histoire… Bizarre qu’il n’ait pas d’ecchymoses hein ? C’est vrai que sur le coup, on réfléchit pas tout de suite à ça, détail pourtant crucial, tant les frissons nous prennent au corps en lisant ce tome… Alors qu’en vérité, qu’il n’ait pas une égratignure explique tout… Certains cerveaux malins l’avaient déjà souligné…

 

Petite famille

On découvre agréablement la nouvelle famille recomposée des Fortvilliens, qui, malgré un noyau dur qui restera le groupe des cinq jusqu’au bout (ce qui peut paraître surprenant), devra composer avec 8 autres enfants, sans compter le Maître des Couteaux et Lucie. Ils ne sont plus seuls, Saul est mort, ils sont barricadés, loin des bestioles, ils sont tranquilles, c’est la veillée au coin du feu… On parle plus survie alimentaire qu’autre chose… Et le super-dingo nous laisse en paix, que demander de mieux ? Enfin presque…

Voilà ce colosse mis à terre et couvert de sang… Par qui ? Et une autre enfant, un bébé, Lucie, en danger dans cette ville, à aller sauver ? L’angoisse est palpable… Cairns à la Blair Witch dégoulinant de rouge sang…acrylique, animaux à moitié dévorés, et… des singes du cirque, devenus supra-intelligents et beaucoup plus forts, peut-être à cause de ces mystérieux yeux écarlates… Lucie est entre leurs mains, il faut agir !

 

Ce tome est aussi l’occasion d’étoffer un peu plus le personnage de Dodji mais surtout d’Yvan, son frère de cœur, et son leader-remplaçant qui se débrouille admirablement bien. Beau focus sur la profondeur psychologique de Dodji et ses angoisses personnelles. Guérir d’un traumatisme prend du temps, beaucoup de temps… Il est quand même mieux à veiller sur eux, à distance, qu’à les cheffer directement…du moins il faudra des mois avant qu’il ne réussisse à vivre au milieu d’eux (même si c’est pas encore ça, et je regrette que les tomes récents ne le montrent pas assez). Cette vibe est intéressante, et elle continue de nous fasciner.

 

Elle nous fait aussi beaucoup réfléchir sur les capacités de chacun, la responsabilité, l’écoute, le courage, l’amour, le jonglage entre l’esprit-Bagheera (la cervelle) et l’esprit-Baloo (les muscles). Parfois je me demande même si ces péripéties sont si réalisables que ça, ils auraient eu mille fois le temps de mourir et d’échouer, gamins qu’ils sont, surtout avec l’épisode de la grue et un bébé fragile entre leurs bras…mais enfin, ça reste une BD.

J’apprécie aussi la relation Yvan-Dodji dans ce qu’elle rappelle à l’un et à l’autre qu’il faut compléter sa part de force/de sensibilité manquante en apprenant l’un de l’autre. Dodji essaie de consoler son ami, mais ne supporte pas de voir la « faiblesse » d’Yvan, la faiblesse de ce « garçon » qui plus est, de ce « soutien ferme et nécessaire », de ce frère, et cela le renvoie à nouveau dans le temps, à sa propre souffrance et impuissance, à la nécessaire survie et le besoin de s’endurcir pour s’adapter, et il s’énerve… Et dans le même temps, Yvan se sent esseulé et d’autant plus attristé, et Dodji (comme les autres) n’est pas totalement à l’écoute… Alors oui, Yvan va prendre courage après l’altercation, mais Dodji va aussi apprendre douloureusement la leçon… Est-ce qu’on aurait pu faire autrement ? La vie est incontrôlable, par nature…

 

Le lapin noir

Oui, ce groupe de treize est assez équilibré, drôle, original, plus ou moins contrôlable, un clan de parias qui s’aime bien et qui fonctionne bien malgré tout, et pas seulement parce que Dodji est présent ! Une belle alchimie, inattendue. Comme une mosaïque. Le mélange des genres. Anton, surtout, est métamorphosé et se révèle être une aide cruciale ! La phrase de Betty m’intrigue : « J’ai sacrifié une vie dans le jeu pour t’ouvrir la porte, tu devrais me remercier… » À noter aussi, j’en ai déjà parlé, que Zoé intrigue également, et qu’elle, comme Boris, n’étaient pas marginalisés au Clan du Requin, loin de là – et pourtant, ils ont choisi de les suivre. Il se trouve en plus, curieusement, que Boris et Zoé, avec deux autres, se connaissaient d’avant la disparition… Or on sait qu’il est rare que deux enfants proches ou amis se retrouvent dans les Limbes. On y tombe souvent seul, et on se fait de nouveaux amis sur place…

Et que dire aussi de ces aventures à plusieurs, avec Edwige, Zoé, Boris et les autres ? Cette entraide du groupe me manque tellement, et même si on l’a un peu revue au tome 15, ça reste quand même de l’ordre du passé et de la nostalgie…

 

A posteriori, je réfléchis aussi à la symbolique de Camille et du lapin. Lapin fuyant, maître des horloges chez Carroll, qui fait découvrir un monde nouveau à Alice, et qui est l’objet de sa quête. Mais ce lapin n’existe pas, tout comme ce monde caché…n’est-ce pas ? Fripouille, le lapin blanc, avec l’idée aussi du lapin noir… Fripouille que Sélène et Alexandre veulent dépecer pour le repas. Camille semble décidément ne pas supporter la violence, la mort, le sang, surtout sur les animaux…

 

Focus justement sur Alexandre et Sélène, seconde menace cachée et grandissante de ce tome – et qui en fait tout l’intérêt. On dirait deux aliens, des humanoïdes venus d’ailleurs, sinistres, et leur gémellité en ajoute encore. On ignore d’où ils viennent et ce qu’ils comptent faire… Sont-ils des mercenaires, et au service de qui ? La tentative de meurtre sur Camille inquiète d’autant plus. Ils semblent chercher un enfant dangereux, qui réagit bizarrement, peut-être en lien avec la disparition… En tout cas, il n’y a pas que Terry qui se méfie d’eux. Ils sont doués, certes, mais…

J’aimais bien leur duo, cette force tranquille, ce calme lugubre et menaçant, cette dangerosité habilement dissimulée derrière leur tablier. Je les imaginais en train de se lancer des regards et de converser, à l’abri des oreilles indiscrètes… Et puis j’ai l’impression qu’Alexandre fait quand même moins peur qu’avant aujourd’hui, non ? ^^’

 

Frissons garantis !

J’aime aussi l’opposition livres-intellect/recherche-action entre Camille, Anton et Yvan d’un côté, et Dodji et les autres de l’autre. Déjà, comme on le verra avec Saul, on tend à vouloir mépriser les livres et la connaissance, alors qu’elle est la clé de leur salut… Ils continuent d’ailleurs de s’interroger sur la disparition, avec ces théories sur le Big Crush, la marée, les Quinze Familles qui seraient responsable de tout cela...et qui viendraient bientôt pour eux aussi ?

D’après le Maître des Couteaux, qui est un peu le gardien de musée de Fortville, cela fait longtemps déjà que les singes s’activent et construisent ces cairns, mais, c’est tout le problème de ce gardien très particulier : il ne peut pas leur dire de vive voix, et il n’aime pas sortir de sa bulle… C’est donc tout à fait fortuitement (on le verra aussi dans le tome 7, et dans les tomes 12-13) que nos héros apprendront de lui ce qu’ils doivent savoir… Nous ignorons encore aujourd’hui le véritable sens de ces effrayants Cairns Rouges ou Amas Pourpres, liés aux Charbonneux certes, mais nous n’en savons pas plus – pas plus que nous ne savons ce qui est arrivé, dans le détail, aux singes du cirque. Singes qui semblent eux aussi observer ou redouter (ou attendre ?) une menace particulière…

 

En tout cas, tous les codes du frisson sont réunis dans ce tome (et plus encore dans le suivant !), et c’est parfait pour tenir le lecteur en haleine. Ça plus les aventures rocambolesques, bien pensées, étonnantes, et les enquêtes sherlockiennes qui nous manquent un peu… Le rouge semble avoir son importance dans la série, et l’opéra (ainsi que la référence aux mystères de Gaston Leroux) vient ajouter de l’eau au moulin. Les singes glacent le sang et sont incroyablement bien désignés, ambiance Planet of the Apes.

 

Et donc bien entendu, cette zone rouge inconnue qui effraie, comme le Territoire des Autres dans Lost, dans laquelle les singes eux-mêmes n’osent pas entrer… Et cette fin, oui, cette fin… « Le beau-père de Dodji ! Il est revenu pour se venger ! » « Mais attends, il est mort… » J’ai même un temps pensé que ce pouvait être Alexandre ou Sélène, voire Boris… Voilà ce qui m’a sans cesse traversé l’esprit entre les tomes 4 et 5…

« Dodji, le héros, meurt !!?? Non !! » Mais on n'a pas le temps de pleurer : ce qui nous marque surtout, c’est l’angoisse qu’on peut lire dans ses yeux… Qu’a-t-il vu exactement ? Quel est ce danger qui plane sur la ville ? Qu’est-ce qu’il a compris ? Qu’est-ce qui attend les autres désormais ? Comment vont-ils s’en sortir ? …

 

Réponse au tome 5 !

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