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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 9 janvier 2026 à 11h19
Retour sur le tome 6 de Seuls
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« La Quatrième Dimension et demie ». Sorti en juin 2011.

 

Nouveau cycle consacré aux débuts d’embryons de réponses sur ce « monde des morts » dans lequel les héros évoluent. Purgatoire ? Entre-deux-mondes ? Paradis ? Enfer ? Peut-on en sortir ? Sont-ils condamnés à y rester ? Qu’est-ce qui les attend ? Pourquoi eux et pas d’autres ? Malheureusement, ils n’ont pas bien le temps de s’interroger : Saul les ennuie à nouveau et ils seront même contraints de lever le camp !

Toujours pareil avec lui, rien n’a changé : ce monde recèle de vérités incroyables, fonctionne de manière singulière, cache des trésors autant que des périls, et au lieu d’essayer d’en savoir plus, de le découvrir, de le comprendre ou même d’essayer d’en sortir, Saul ne pense qu’à l’instant présent, au conflit, à son avidité de pouvoir, se laissant emporter par son esprit dominateur. Il va même jusqu’à défier imprudemment les Terres Basses… Et ainsi, lorsque ces dernières répliquent, il est trop tard pour agir, et Saul n’a plus que ses yeux pour pleurer…

C’est la fin de l’angoisse interminable des précédents tomes. Pour autant, le cocktail « menace inconnue-questionnements-enquête-paranormal » n’est pas tout à fait terminé… D’autres péripéties attendent nos héros. Et certains points n’ont pas été éclaircis : les Quinze Familles, Alexandre et Sélène, la Zone, le Monolithe…

 

Nous sommes morts ?

Comment les enfants digèrent-ils leur mort ? Plus ou moins bien. Quand on pense que lorsqu’Yvan, intelligemment, avait soulevé cette hypothèse au tome 1, ils en étaient tétanisés… Pour Yvan, justement, la séparation d’avec ses proches et ses parents est difficile, déchirante presque. Dodji n’en revient pas de cette injustice. Morts si jeunes ? Mais voilà, il faut avancer à présent, et essayer de comprendre, pour s’en sortir. Les enfants essaient de trouver toutes sortes d’explications à ce qui leur arrive – c’est aussi le fameux débat sur les religions, beaucoup plus étoffé que celui de Diane dans le tome 16…

Scène cruciale du tome, celle de la planche ouija, dans l’autre sens cette fois, pour tenter d’établir un contact avec les vivants. Une idée d’Yvan, tant ses parents lui manquent. Mais grâce au pouvoir de Terry (que tous ignorent encore, y compris l’intéressé), qui a la faculté de tout soumettre à sa volonté, ils obtiennent enfin une réponse des « esprits » (les fameux esprits des Limbes, dont nous entendrons parler par la suite ?) : « Vous devez vous souvenir de votre mort, sinon les Quinze Familles… » Puis une interruption. Comme si on voulait empêcher les esprits de divulguer la suite. Mais qui ? À moins que ce ne fut prémonitoire : un grand malheur va arriver !

 

Avec le recul des tomes, on pourrait continuer comme suit : « …sinon les Quinze Familles vont à nouveau entrer en guerre et causer un grand malheur sur la Terre… » Mais cela, nos héros ne pouvaient pas encore le savoir. Pour l’instant, ils restent persuadés que les Quinze Familles sont un groupe secret ultra-dangereux, opérant aussi bien sur Terre que dans les Limbes, au sujet desquelles le père d’Yvan savait deux ou trois choses… La seule façon d’avoir des infos à ce propos, puisque la perquisition de la tour et du domicile n’a rien donné, est d’aller consulter directement les fichiers du commissariat. Mais les facéties de Saul compliquent à nouveau la chose.

 

Qui plus est, il faut apparemment se souvenir complètement de sa mort pour en savoir plus… Si pour Yvan et Terry, c’est chose faite (encore que ?), Leïla, Camille et Dodji n’en ont aucune idée…ou presque. Leïla décide donc d’aller enquêter sur sa propre mort, chez elle. Par la suite, en apercevant une affiche de cirque, Dodji aura une vision enflammée, et comprendra qu’il a perdu la vie dans l’incendie du cirque, sans savoir pourquoi ni comment, dans le détail.

Intéressant aussi de souligner que, sachant qu’ils sont déjà morts, les enfants ont moins peur du risque à présent – même si le danger reste présent. Et bien entendu, en évitant les excès, que Charlie n’est pas près d’oublier…

 

Focus sur les secondaires

Le tome va enfin mettre en avant plusieurs personnages secondaires : Zoé, Edwige, Anton… Chacun va apporter sa pierre à l’édifice et contribuer substantiellement à la trame. Nous en apprendrons plus sur eux, sur leur caractère, leurs passions. Même Ajza a droit à un léger développement, se rapprochant de Terry, qui a le même âge.

Zoé et Yvan se rapprochent toujours plus – même si Boris reste au centre de l’intérêt de Zoé. Zoé qui va sauver la situation avec le bus et sa conduite magistrale, alors même qu’elle débutait – on la reverra dans ce rôle au tome 16, notamment.

On découvre aussi un Yvan beaucoup plus intéressé par les livres et la recherche, peut-être depuis qu’il a appris pour sa mort – ou alors pour se changer les idées et ne plus penser à ses parents ? Il se découvre ainsi une amitié insoupçonnée avec Anton – qu’il méprisait dans les premiers temps – ainsi que des passions communes, dont ce besoin de comprendre. Anton semble fasciné par ce monde des morts qu’il va chercher à appréhender, de plus en plus, inaugurant ainsi près de 7 tomes de Limbologie, qui continuera d’ailleurs après sa Mort Dernière, avec Yvan, qui prendra le relais, échangeant cette fois avec Camille.

 

Ce petit surdoué va ainsi devenir presque aussi important que le quintet des protagonistes dans la série, et Yvan voudra toujours l’écouter avec une attention rare, même sans comprendre et dépassé initialement par ce qu’il raconte. Anton révèle ainsi que ce monde des morts serait surtout une microseconde étendue à l’infini de notre conscience, juste avant de mourir, comme lorsque toute notre vie défile en un instant avant de mourir… Ils ne seraient donc pas encore morts, à ce moment-là, et vivraient dans une sorte de quatrième dimension et demie, cachée dans le temps – on sait cependant que la vie continuera à s’écouler sur Terre, des années après leur mort, bouleversant en partie les théories d’Anton, ce qu’il concèdera lui-même au tome 9. Il s’interroge encore sur le fait que ce monde soit un univers de consciences partagées, d’imaginaires communs, sans que chacun n’ait son propre univers mental séparé des autres.

 

Mise en avant également d’Edwige, qui semble beaucoup aimer Dodji, en rivalité avec Leïla, admirant son caractère résilient face à la souffrance – ils ont visiblement la maltraitance passée en commun. Elle se révèle être incroyablement courageuse et combative, et elle et Dodji partagent un moment d’intimité au cirque, tels Adam et Eve, ce qui rendra Leïla furieuse de jalousie à leur retour.

 

Quelques points notables et hypothèses…

1) La mosaïque de l’église, que représente-t-elle ? Saul terrassant un dragon pour protéger Camille ? Ou un Archange terrassant un danger limbique ?

2) Le 1515 de la tour du père d’Yvan

3) La scène avec Yvan et Zoé devant la piscine verdâtre (auraient-ils un lien futur avec les Dernières Familles ?)

4) L’attrait de Camille pour la mairie de Fortville et donc le pouvoir (de changer les choses ?)

5) Le personnage de Kévin (dont les vêtements semblent évoquer la Russie, et qui reviendra très certainement dans la série, mais en tant que zombie ?)

6) Le retour discret de l’Enfant-Mystère lorsque Dodji est menacé par le groupe de Kévin, et la première apparition tout aussi discrète de l’Enfant-Miroir (dans les reflets des vitres et vitrines, qui sera l’un des ennemis du tome 7)

7) Le lien conservé entre Betty et les anciens du Clan du Requin (Betty pourrait donc être une future intermédiaire entre les Songe-Creux et les autres enfants limbiques ?)

8) La mort limbique de Charlie (qui le rapproche curieusement de Dodji et de Saul…)

 

Comment vivre en paix ?

Le tome est l’occasion de souligner le caractère perfide et toujours aussi impérialiste de Saul, qui ne supporte pas qu’on lui résiste. Mais Camille nous met un doute : Saul est-il si monstrueux que ça ? Est-ce que le Clan des Etendards n’exagère pas un peu à son sujet ? De tome en tome, Camille va rapidement comprendre que ses amis avaient raison – même si elle tombe amoureuse de lui, paradoxalement, et semble persuadée qu’il peut changer, si elle reste à ses côtés.

Le retour de Saul et de Dodji rebat les cartes : qui doit cheffer qui ? Puisque Saul est vivant, il obtient le droit de rediriger son clan, qui de toute façon ne souhaite pas aller vivre avec nos héros. Pour le reste, Dodji étant vivant lui aussi, il conserve le droit de guider son propre clan – même si, bien entendu, Leïla a été élue cheffe en son absence, il n’a donc qu’un rôle de conseiller…et de chef occulte. Deux clans, voués à coexister…ou à s’affronter ? Saul donne le ton, très rapidement. Il ne reste donc, à nouveau, face à cette stratégie de l’étouffoir et aux manigances de Saul, que la fuite pour nos héros, s’ils veulent vivre libres et tranquilles. Mais Saul les rattrapera, tôt ou tard…

 

Dodji savait tout cela, dès le départ, mais les autres ont quand même voulu croire, par optimisme, que la cohabitation était possible. C’est en quelque sorte notre monde en modèle réduit, où le faible perd de plus en plus d’espace et se retrouve face à un choix : se soumettre pour survivre, ou continuer de résister…et mourir. Difficile aussi de ne pas tomber dans les pièges de Saul, qui cherche à tout prix l’affrontement (comme Jack dans Sa Majesté des Mouches). Leïla le comprendra au fil des tomes, et c’est pourquoi la recherche de la paix et du paradis semble difficile avec lui dans les pattes…

Dans la guerre des tags, on voit d’ailleurs que Saul ne respecte aucunement ses engagements, contrairement à ce qu’il prétend et désire voir chez les autres, et que tout cela n’était qu’un traquenard. Dodji en fera d’ailleurs les frais face à Kévin et son groupe – et Saul n’attendait que ça pour envoyer l’artillerie lourde.

 

La Guerre commence maintenant ?

Quand la Guerre des Limbes s’invitait déjà dans le subconscient, imposée par Saul en quelque sorte, avant l’heure… La création par Saul du « Clan du Soleil » le rapproche inconsciemment de son futur rôle à Néosalem, car on sait à quel point le soleil et la lumière ont de l’importance chez les Premières Familles… Son petit clan de pirates en culottes courtes gagne aussi en « maturité » : à présent, fini de jouer, ce sont des soldats, fidèles à Saul qui les embrigade, et ils doivent se préparer à la guerre – là aussi, l’inconscient et le prémonitoire jouent énormément. Ils deviennent à son image, c’est-à-dire méchants, violents, brutaux, sans pitié… Jusqu’au char d’assaut ! Avec là aussi cette aversion pour les livres et l’instruction, très prophétique ! Sans parler de la peur de l’obscurité…

À l’inverse, conduits par Dodji et Leïla, les Etendards font preuve d’amitié, d’amour, de solidarité, de partage, et même si cela ne vaut rien face à la force et au nombre d’en face, ils restent fidèles à leurs valeurs et parviennent à triompher – l’intelligence et la débrouillardise des acculés tire toujours son épingle du jeu.

 

Le kidnapping d’Yvan par les butors de Saul, suite à un coup fourré ourdi par Saul qui a failli coûter la vie à Yvan et Anton (l’incendie de la médiathèque, ce que Charlie, repentant, avouera plus tard à Camille dans le tome 9), évoque [SPOILER] ce nouveau rapt du jeune garçon par les soldats néosaliens, Saul souhaitant connaître le secret de son pouvoir (tome 16). À nouveau, le pauvre Yvan est assailli, attaché, torturé, ce qui lui arrivera plus d’une fois dans la saga… C’est dire son importance !

Otage de Saul, il rencontre alors pour la première fois Jonathan, son futur grand ami qui remplacera plus tard Anton dans son cœur. Jonathan, geôlier et chatouilleur-tortureur en chef (plus tard, c’est un autre genre de « torture » qu’il pratiquera, cf. tome 11…), outré par la violence vengeresse de Kévin et des autres, sur laquelle Saul ferme les yeux, décidera de libérer Yvan en douce. À nouveau, les méthodes de Saul ne font pas l’unanimité, et des « traîtres » surgissent alors (heureusement pour Jona, la situation urgente en fin de tome et dans le tome 7 lui évitera les ennuis auxquels il s’attendait…).

 

Mais pour l’heure, il n’est qu’un second ou troisième couteau qui, d’ailleurs, disparaîtra pendant quelque temps, et qui n’était pas censé revenir dans la série à la base. Dodji aussi, comme Yvan son brother, sera attaché un temps, pour protéger ce dernier…mais il comprendra bien vite qu’il ne faut pas se laisser faire, peu importe les conséquences, et qu’il ne faut jamais tomber dans les magouilles de Saul, même si le prix à payer est lourd.

On a aussi l’occasion d’entrevoir une première fois les pouvoirs d’Imperator de Saul, capable de se faire obéir de la matière et des machines – comme Dodji plus tard, à sa façon, et même Yvan avec ses lunettes et certaines capacités très particulières…

 

Et voilà que le tome se termine sur un retour aux incontournables Quinze Familles : l’une d’entre elles, la Neuvième, va passer à l’action et compte intégrer les héros de force à leur cohorte. Un neuf tagué dans une rue, peut-être par Boris, comme pour rappeler que cette ville est surtout le domaine des Dernières Familles… Boris, zombifié par le Monolithe, comme les singes et d’autres animaux, conversant avec quelqu’un dans le noir (Sélène ? Le Cauquemare ? Aldéric ?), terrifie au premier regard, et annonce un grand danger pour la suite… Ce retour à l’angoisse du Cycle 1 est bienvenue, faute de quoi le lectorat de Seuls aurait pu perdre l’envie…

 

Une autre guerre que Saul ignore, trop concentré sur les Etendards : celle que la « Zone Rouge » livre en catimini à tous ces enfants. Saul tombe dans leur piège et incendie les cairns…et en retour, les singes agrandissent la Zone et reconstruisent les amas aux extrémités de Fortville, agrandissant le périmètre de la Zone, encerclant désormais tous les enfants ! Et plus encore : les Terres Basses commencent à se former et la Zone s’enfonce dans le sol, balayant toute possibilité de fuite à présent. Ils sont les prisonniers des Dernières Familles, et ils vont bientôt passer à la casserole…

Comment ne pas sauter sur le tome 7 après ça ?

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