« Les Terres Basses ». Sorti en juin 2012.
Encore une jolie pépite, qui nous fait renouer avec cette boule au ventre et qui se termine sur un plot twist incroyable. Encore aujourd’hui, il est l’un des tomes les plus aimés par les fans de Seuls, et peu s’attendaient à lire une telle aventure après les évènements du tome 6. 56 pages (une exclusivité qu’il ne partagera qu’avec le suivant), intenses, où l’on retient son souffle jusqu’au bout, avec cette hantise de savoir ou de ne pas savoir ce qui se trouve au sommet de la falaise…
C’est aussi la fin – temporaire – des aventures de nos héros à Fortville (partiellement pour Dodji). Adieu les Terres Basses, qui ont perdu la partie (pour l’instant), adieu les Dernières Familles, et direction Néosalem, chez les Premières Familles, pour découvrir l’insoupçonnable… À partir de là, la série change de visage. Une foule d’enfants et de nouveaux personnages, une guerre éternelle sur le point de reprendre, des élus, des pouvoirs… On passe clairement à autre chose, et on dit adieu à la robinsonnade urbaine ponctuée de dangers et d’incompréhensions… Nos héros vont connaître un véritable tournant. Qui ne fait pas l’unanimité parmi les fans.
La Colline a des yeux…
Mais ne pressons pas les étapes. Pour l’instant, nous sommes encore à Fortville, coincés dans les Terres Basses, et l’album reprend l’histoire précédente trente minutes après la découverte. Impossible de sortir de la Zone, décidément très vivante et intelligente pour un bout de terre… Elle veut se venger, attaquer, piéger… Et elle n’a pas encore sorti toutes ses cartes. Voilà que les enfants du Clan du Requin se mettent à être zombifiés, les uns après les autres. On ignore encore qui en est à l’origine : Boris ? Les insectes ? Quelqu’un d’autre ? La Neuvième Famille se met en marche et cherche à zombifier les survivants, comme dans tout film de ce nom.
Aidée et guidée par le mystérieux Enfant-Miroir, dont on ne connaîtra l’identité et les motivations que bien plus tard. Un enfant invisible qui n’apparaît que dans les reflets, et qui semble capable de traverser les dimensions…Terrifiant. Un véritable chef-zombie digne de sa charge (Antimage, on le saura plus tard, et non Songe-Creux), quelque part entre la momie et le Joker. Il est déterminé à les empêcher de quitter les Terres.
Le Nadir/Monolithe jouera aussi sa carte en creusant plusieurs tranchées pour retarder l’avancée de Dodji et de Saul, en diffusant un étrange brouillard palpable, en envoyant les insectes coloniser la tour, et même en essayant d’attirer Saul, l’Imperator, jusqu’à lui en manipulant les vents. Saul lui échappera de justesse, faisant une fois de plus la démonstration de ses pouvoirs – il n’y a pas de vent dans les Terres ! Il aura le temps d’apercevoir une mystérieuse chambre rouge vers le sommet du Monolithe. Dodji, lui, échappera aussi de justesse à l’Enfant-Miroir, qu’il abattra à bout portant – mais on entendra encore parler de lui…
Nos héros retrouvent aussi Boris, mais celui-ci leur tend un piège, joue sur leurs émotions, leurs craintes… Sa nouvelle famille est effrayante, dangereuse, aussi tactique que chafouine, mais tout en restant joueuse. Ces Songe-Creux semblent vivre un rêve éveillé, se désintéressant de tout le reste, et cherchant surtout des amis… Ils meurent même le sourire aux lèvres. Ils n’ont aucune conscience de ce qu’ils font, dans leur jeu macabre, et se contentent d’obéir, corrompus par le Nadir, comme s’ils pensaient faire œuvre de salubrité publique. Ils croient être dans leur petit paradis, et voudraient tant que tous soient comme eux… Ils ignorent cependant qu’ils sont manipulés par plus puissant et plus mauvais qu’eux.
Mais pour l’heure, le secret des Songe-Creux n’a pas encore été révélé… S’ils meurent, reviennent-ils, et comment ? Ils savent beaucoup, beaucoup de choses sur les autres, et Boris permet à Camille de se rappeler de sa mort – du moins pense-t-elle (on notera la présence d’une curieuse voiture dans le flash-back, accélérant ou freinant…).
Adieu Fortville…
La scène la plus marquante, à mes yeux, reste celle du toit du musée, comme un dernier cliché avec toute la famille des héros, Dodji n’étant pas loin, et sans Saul bien évidemment. Même Boris, zombifié, retrouvé, capturé, est présent ! Cette harmonie ne durera pas. Peu de temps après, ils perdront Betty puis Jonathan. Et d’album en album, séparations et disparitions auront lieu. C’est la collaboration entre tous qui donnera aussi toutes ses couleurs à l’album : Soleil et Etendards mettent la main à la pâte, et pour la première et peut-être la dernière fois de la série, chose inouïe, Dodji et Saul œuvrent main dans la main pour sauver tout le monde ! On n’est pas près de revoir ça.
Les échanges entre les deux et même le bisou laissent pantois… Saul expose les raisons de sa brutalité, et confronte ses convictions avec Dodji, qui pense l’exact inverse. Qui a raison, qui a tort ? Saul dit-il vraiment la vérité, d’ailleurs ? Un jour, Dodji ne devra-t-il pas, lui aussi, céder à la violence extrême en cas de besoin ? Il s’y refuse, mais… Comment ne pas ne lui donner raison ? Il faudrait qu’il rencontre quelqu’un qui le convainque du contraire… Et sinon, à quand le retour de ce duo de choc ? Peu probable, à l’heure actuelle…
Mais jamais Dodji n’aurait cru devoir sauver la vie à Saul, comme Saul n’aurait jamais cru pouvoir travailler avec Dodji… L’escapade en parapente reste sans doute, à ce jour, l’expérience la plus audacieuse et la plus risquée de Dodji (et de Saul ?) pour sauver les siens. Là encore, la tour du père d’Yvan devient un élément crucial pour l’accomplissement de la mission.
Intéressant de voir que Saul perd complètement de sa superbe face au surnaturel des Terres… Incapable de protéger son clan ou au moins de les rassurer tel un grand frère, il perd en capital sympathie auprès de beaucoup, qui lui préfèrent Dodji, inconnu pourtant à leurs yeux. Même Saul finira par le comprendre. J’aime aussi revoir cette rivalité Dodji-Saul, qui a malheureusement disparu au fil des tomes… C’est souvent l’arrogance de Saul qui pousse Dodji à se dépasser et à réussir des exploits ! Une scène intéressante aussi, lorsque le groupe regarde Dodji et Saul partir les sauver…avec cette curieuse impression qu’ils ne les reverront plus jamais, et qu’ils se sacrifieront pour eux…
Amis et alliés
Cet épisode est aussi l’occasion pour Zoé de se dévoiler un peu plus, avec des paroles sibyllines qui ne présagent peut-être rien de bon… Les prochains tomes actuels nous éclaireront là-dessus. Sa relation avec Yvan se concrétise, mais elle a déjà un amoureux cependant, qui n’est pas Boris… Compliqué. Espérons qu’on en saura plus un jour.
À nouveau, Edwige passe au premier plan le temps de quelques scènes, mais sa rivalité amoureuse avec Leïla explose…jusqu’au moment où elles parviennent à collaborer et à s’entendre relativement. Leïla démontre pour la première fois (ou presque ?) ses pouvoirs de Presciente, ainsi que sa capacité à toujours dépanner ses amis et réussir ses coups. Belle scène également où Leïla montre ses faiblesses et cède au désespoir, consolée par Dodji. Quant à Anton, il progresse dans ses théories et nous étonne toujours un peu plus. Télépathie, physique quantique, paradoxe temporel, ni vivants ni morts… Il lui reste encore beaucoup à comprendre, mais ses théories rassurent, paradoxalement. Yvan, en tout cas.
Terry fait aussi une démonstration cachée, pour l’heure, au lecteur, de ses pouvoirs : il transforme le désespoir en espoir, annule les pouvoirs des uns et des autres, et aide malgré lui à la survie de tous. À noter aussi qu’il semble capable de ressentir la présence du danger, des Terres Basses et même de l’Enfant-Miroir comme un frisson dans le dos, depuis ce fameux moment où il a découvert le drap dans le jardin… Drap qui causa sa mort… Mais drap que l’on retrouve curieusement au tome 15, mis en relation avec l’Enfant-Miroir…
Je passe sur l’apparition de Tanguy et des autres, grands gagnants du concours de 2011-2012, ayant obtenu le droit de figurer pendant deux tomes dans la série (tomes 7 et 8).
Le retour précoce de Charlie après sa mort me fait penser qu’il ne faut même pas attendre une journée, généralement, pour qu’un mort limbique revienne à la vie. Mais ce n’est pas une mince affaire pour l’intéressé. Il revient profondément choqué de l’expérience, qu’il a lui-même provoquée. Cela lui permet aussi de sympathiser avec Dodji, qui lui témoigne de l’affection – mais Saul est content aussi…non ? Une chance quand même que le Maître des Couteaux l’ait retrouvé ! Ce dernier s’avère être de plus en plus proche des héros, et leur fait confiance jusqu’à confier Lucie aux bons soins d’Yvan lors de l’évacuation des Terres.
Enfin, nous apprenons qu’il y a un Enfant-Minuit, alias messie des Dernières Familles, et un champion des Premières Familles (Imperator, nous le saurons plus tard). Ce dernier, très attendu, est clairement révélé comme étant Saul. Mais qui sont ces Premières Familles, que veulent-elles, où habitent-elles ? Pourquoi tous ces blondinets en tenue de soldat antique ? Qui est cet enfant-ado sur son cheval, différent des autres ?
Et l’Enfant-Minuit, qui est-ce ? On l’ignore. Mais l’Enfant-Miroir a hâte de son avènement, le qualifiant, comme pour un trou noir, d’astre mort qui engloutira bientôt les Limbes… La guerre se précise. Mais encore faut-il que l’Enfant-Minuit fasse appel à ses souvenirs et comprenne son rôle…
Et les autres ? Endormis, ligotés, emmenés quelque part… On ignore avec angoisse ce qu’ils vont devenir. Et qu’est-ce qu’Alexandre a à voir avec eux ? Objectif, tome 8…

